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Parole d'un agnostique à des croyants

Communication faite dans le cadre de la rencontre de Sant’Edigio sur le thème « Entre guerre et paix, les religions et les cultures se rencontrent » (cité dans le Bulletin d’Information Protestant n°1569, 15 octobre 2003) 

Régis Debray

Sans doute les religions doivent-elles s’abstenir de toute immixtion dans les affaires publiques, et le Etats doivent-ils s’abstenir de faire de la théologie. C’est cela, la laïcité, et c’est un garant de paix, la clé de la coexistence civile, là où les confessions et ethnies s’opposent.

Mais les porteurs de l’Evangile peuvent-ils pour autant abandonner les pauvres à leur pauvreté, les opprimés à l’oppression, et Dieu aux Césars qui se servent de son nom pour tuer ou pour envahir ? Pouvez-vous assister sans mot dire, au temps du mépris, à l’écroulement du système de droit international en vigueur, aux faux-fuyants de l'hypocrisie ou des ravaudages de dernière minute ?

Vous les peuples de Dieu dans le siècle, vous êtes le levain dans la pâte. Vous n'êtes pas là seulement pour déplorer ni pour dénoncer. Mais pour proposer. Il ne s'agit pas, bien sûr, de lancer de nouvelles utopies, en escroquant une fois de plus l'increvable espérance des hommes. II s'agit de rappeler à haute et claire voix les finalités, partout où les mécanismes ont dévoré les valeurs, là où les moyens ont mangé les fins, partout où l'on dit : périssent les principes plutôt que l'administration. Il s'agit de rouvrir les horizons, de clarifier les enjeux, de simplifier les lignes, d'indiquer les repères au milieu de la jungle, là où règnent les lois de la jungle. Et je pense à tous les religieux, chrétiens en particulier, car telle est ma culture, je pense à ceux qui savent aller au monde sans se rendre au monde. Inciter les pouvoirs établis, les fustiger ou les secourir, sans se substituer à eux, car ce qui est à Dieu, bien sûr, n'est pas à César.