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Bulletin d’Information Protestant n°15 mars 2004

Après le dossier du Nouvel Observateur intitulé
Les évangéliques La secte qui veut conquérir le monde…

Lettre de Stéphane Lauzet,
Secrétaire général de l’Alliance évangélique française
à la rédaction du Nouvel Observateur

Lettre du pasteur Jean-Arnold de Clermont,
président de la Fédération protestante de France
à la rédaction du Nouvel Observateur

Lettre de Stéphane Lauzet

Secrétaire général de l’Alliance évangélique française
à la rédaction du Nouvel Observateur

Je viens de prendre connaissance de votre article consacré aux Evangéliques. Je note avec satisfaction que votre connaissance du sujet vous a évité de faire l’erreur si commune de confondre Evangéliques et Evangélistes, même si par ailleurs je relève un certain nombre d’erreurs, que la lecture des ouvrages que vous citez en bas de page aurait dû vous épargner, et qui sont à la limite de la diffamation. Je tiens donc à faire les remarques suivantes :

1. Je m’étonne du titre donné : vous n’êtes pas sans savoir que le mot secte a une connotation péjorative et je m’interroge sur son utilisation dans une assimilation sans nuance (Les Evangéliques = une secte) qui est en plein décalage avec la réalité. Je prendrai comme seul exemple de ce décalage le dialogue qui existe entre l’Eglise Catholique Romaine et l’Alliance Evangélique Mondiale.

2. Ce même titre comporte un autre raccourci regrettable : celui-là même qui consiste à parler des Evangéliques, comme s’il s’agissait d’un groupe uniforme. L’essentiel de votre article est consacré aux Evangéliques nord-américains et brésiliens. Jusqu’à présent la presse française (le Nouvel Observateur compris), avait su faire la différence entre le mouvement évangélique américain et le mouvement évangélique européen. La façon dont vous rédigez votre article tend à faire l’amalgame : c’est non seulement regrettable, mais objectivement faux. S’il est vrai que certains évangéliques américains glissent vers un messianisme politique, je ne pense pas que ce soit vrai de tous les évangéliques, y compris aux Etats-Unis. En tout cas, la réalité en France est toute autre. On l’a bien vu à propos de la guerre en Irak.

3. Dans les deux colonnes consacrées aux Evangéliques en France, vous soulignez que « les Evangéliques forment en France une galaxie très mouvante de courants qui échappe à toute vision d’ensemble ». Je regrette que votre enquête ne vous ait pas amené à prendre connaissance d’une réalité sensiblement différente.

4. Les Evangéliques en France sont une composante importante du protestantisme. Ils ont environ 1800 lieux de culte et représentent environ 350 000 personnes, soit un tiers environ du nombre total de protestants. D’une part, un certain nombre d’entre eux font partie de la Fédération Protestante de France D’autre part, la soixantaine de dénominations qui composent les Evangéliques en France, se retrouvent au sein du CNEF (Conseil National des Evangéliques en France) créé en 2001 à l’initiative de l’Alliance Evangélique Française et de la Fédération Evangélique de France. Leur diversité peut surprendre et mérite un travail d’investigation approfondi. On s’aperçoit alors que les évangéliques n’ont pas tous des positions extrémistes qui rejettent les apports de l’archéologie et qu’ils savent aussi faire la part des choses, y compris dans le conflit Israélo-palestinien. 

5. Il est vrai que les Evangéliques sont en expansion partout dans le monde : leur dynamisme et la force de leur conviction sont remarquables mais leur foi ne se limite, en aucune façon, à une attente messianique (dont la formulation concernant le millenium est d’ailleurs plus diverse que votre description ne le laisse entendre). Leur foi les amène aussi à œuvrer pour le bien être de leurs contemporains. Bon nombre de leurs actions vont, comme celles d’autres chrétiens, dans le sens d’une amélioration des conditions de vie, de la lutte contre la pauvreté et l’injustice, et pour les droits de l’homme. Pour mémoire, Henri Dunant, fondateur de la Croix Rouge était membre de l’Alliance Evangélique. Il est vrai que ces actions peuvent paraître bien faibles tant les besoins sont immenses … La motivation, en tous cas, est claire : partager, sous tous ses aspects, l’amour du Christ pour l’humanité.

Je vous remercie par avance de bien vouloir porter ces remarques à la connaissance de vos lecteurs : elles compléteront utilement votre article. Je reste à votre disposition pour de plus amples renseignements. 

Pasteur Stéphane Lauzet, mars 2004

Lettre du pasteur Jean-Arnold de Clermont

président de la Fédération protestante de France
à la rédaction du Nouvel Observateur

Suite au dossier publié sous le titre « Les évangéliques, la secte qui veut conquérir le monde », vous avez dû recevoir une lettre du Pasteur Stéphane Lauzet, secrétaire de l’Alliance évangélique française, à laquelle je souscris pleinement. J’y ajoute les quelques remarques suivantes :

Sous la pression de l’ignorance ou de la mauvaise foi des médias, les Eglises protestantes de France devront-elles abandonner le beau nom d’ « évangéliques » ?

Plus de la moitié d’entre elles portent ce nom : Eglise évangélique luthérienne, Union des Eglises évangéliques, Eglises réformées évangéliques indépendantes, Mission évangélique tzigane…. ! Ce faisant elles indiquent explicitement, ce qui est commun à toutes les Eglises, qu’elles placent l’Evangile (la bonne nouvelle) de Jésus Christ au cœur de leur message. Le mot vient s’inscrire aux côtés d’autres appellations qui indiquent soit leur origine historique – luthérienne, réformée, pentecôtiste, baptiste – soit leur mode d’organisation – presbytérien, synodal, épiscopalien …
Mais toutes se savent « évangéliques », qu’elles portent ou non ce titre.

Or les voilà assimilées à « une secte ». L’amalgame est honteux. Mieux que d’autres, peut-être, parce qu’elles ont un sens développé de la liberté, elles savent que ce risque guette tous ceux qui se laissent porter par de fortes convictions. Mieux que d’autres, elles ont appris à s’en défendre par le débat interne, la critique fraternelle. Les Fédérations, évangélique ou protestante, en France en sont de vivants exemples. Elles ont dénoncé vigoureusement les dérives de certains mouvements religieux américains qui ont confondu les voies de Dieu et les aventures guerrières de Georges Bush ; comme elles ont critiqué les prises de positions partisanes dans le conflit israélo-palestinien. Qu’on veuille bien se souvenir de la manière dont les protestants français se sont fait l’échos de leurs frères et sœurs des Eglises américaines résistant avec vigueur à la « croisade » menée contre les « forces du mal », affirmant leur refus d’un soi-disant choc des civilisations qui les dresseraient contre l’Islam.

Ces Eglises, nos Eglises, acceptent la critique. Elles refusent l’amalgame et la mauvaise foi, les raccourcis trompeurs et la chasse aux sorcières*. Elles demandent d’être respectées pour ce qu’elles sont, et de n’être pas de celles dont on peut dire n’importe quoi impunément, au nom de la liberté d’expression à laquelle elles sont si fortement attachées.

En définitive, ce que demande nos Eglises c’est de l’honnêteté intellectuelle. N’est-ce pas le moins que l’on puisse attendre d’une presse libre.

Jean-Arnold de Clermont
Président de la Fédération protestante de France*

 

1 En voici quelques exemples :
- parler de Bush comme d’un évangélique, alors qu’il n’appartient pas à une Eglise évangélique
- parler des évangéliques en reconnaissant qu’il y a de grandes différences entre eux ;
- mélanger des qualificatifs sans rapports les uns avec les autres (protestants = référence historique, expansionniste = référence politique, millénariste = référence théologique, apocalyptique = référence de science fiction) ;
- faire des « born again » un mouvement alors qu’il y en a dans toutes les Eglises ;
- Ecrire que la doctrine évangélique est le mouvement qui progresse le plus. Une doctrine n’est pas un mouvement.
Etc.

2 La Fédération protestante de France regroupe 17 Eglises et environ 500 associations issues de ces Eglises, soit environ les deux tiers du protestantisme français.