Fiche

Titre : Folle nuit russe (Nashla kosa na kamen)
Edition : Russie-Allemagne , 2019, 1h17
Réalisation : scénario, montage, production : Anja Kreis. Directeur de la photographie : Alexander Schwarz. Distribution France : ASC Distribution

Interprétation :

Aleksey Solonchev (Anton), Ekaterina Vinogradova (Vika), Ksenia Kutepova (Vera)

Auteur

Née en 1988 à Angarsk, dans la région d’Irkoutsk (Russie). Anja Kreis est une décoratrice, ingénieure du son et monteuse russe. Après des études de piano et de lettres, elle effectue une année de volontariat social dans une école pour enfants handicapés, en Allemagne, tout en intégrant l’Académie des Arts médias de Cologne.  Folle nuit russe, son diplôme de fin d’études, a obtenu le prix au festival de Honfleur 2017 sous le titre A bon chat bon rat.

Résumé

Après la crise financière de 1998 en Russie, la fin de l’ère Eltsine est marquée par le chaos économique, social et politique et par la reprise de la guerre en Tchétchénie. A Ivanovo (250km de Moscou), un soldat revient du front. Deux amies, ayant perdu leur travail, portent le message des Témoins de Jehovah ... : portrait d’une société qui souffre.

Analyse

La scénariste et réalisatrice, très jeune adolescente à la fin du 20ème siècle, raconte avec beaucoup de vérité l’atmosphère délétère qui régnait alors dans l’ex-URSS plongée dans un capitalisme particulièrement sauvage. Dans la région provinciale de son enfance, Anja Kreis restitue, à l’aide une pellicule sombre, les petits appartements à la décoration restée soviétique, les épiceries où il n’y a pas grand-chose à acheter, les garages où l’on stocke et trafique… dans un contexte d’abattement moral de la population, brutalement appauvrie. Le soldat Anton revient du service militaire dans le Caucase et retrouve sa petite amie, passablement frivole, et sa mère, malheureuse, ainsi que la brutalité des rapports sociaux. Les deux recrues des Témoins de Jéhovah font du porte à porte sans conviction et maladroitement avant d’être traitées de « putes américaines » par celle qu’elles ont dérangée : ce sont deux ex-ouvrières d’une usine d’Etat qui n’ont pas été réembauchées depuis sa privatisation : ici le comique de situation tempère la tragédie. Le film décrit aussi la corruption de la police, de mèche avec les bandits. Insensiblement la tension monte, au milieu des passions et de la démesure. Des images d’archives montrent le président Boris Eltsine malade vanter les qualités de Vladimir Poutine, « fort et fiable », peu avant l’an 2000. En dépit de certaines obscurités du scénario, Folle nuit russe est un film fort, prenant et qui permet de mieux comprendre le début des années Poutine en Russie.
Françoise Wilkowski Dehove